melancolie a écrit:
J'ai trouvé ce questionnement sur le net et je le trouve interessant :
Que pensez-vous de ce que Freud explique dans ses Essais de psychanalyse sur la "transportation" des pulsions sexuelles vers des activités plus "nobles" pour ainsi dire (artistiques, culturelles...) ?
Oui, je crois que c'est vrai. Je me souviens maintenant que j'ai pris la peine, dans le forum d'Aven.fr, de faire une liste des quelques génies de l'histoire qui vivaient, très probablement, sans relation sexuelle:
http://asexuality.org/fr/forum/viewtopi ... a&start=30 Et même ceux qui avaient ces relations menaient une vie étonnement chaste. Goethe, par exemple, avait ses multiples histoires d'amour, mais je me souviens maintenant que j'ai lu chez Havelock Ellis (on dit le premier sexologue) que des passions qui surgissaient dans ces relations restaient, pour la plupart, sur le papier (des lettres) ou dans des entretiens enflammés mais exclusivement verbales et que le passage à l'acte ne se produisait presque jamais. - Ou Mozart, qui a écrit, à l'âge de 25 ans, qu'il n'avait jamais touché à une femme.
Citer:
Trouvez-vous que Freud soit revenu sur sa thèse vers la fin de sa vie en réfutant la possibilité de la sublimation ?
??? Autant que je sache, Freud n'est jamais revenu sur la possibilité de la sublimation, ni sur aucun des autres mécanismes de défense. (Qui, c'est bien le terme technique, parce que pour Freud, la pulsion est si forte et cherche de diriger l'individu vers des fins que soit l'environnement ne peut pas permettre, soit que sa conscience lui interdit, qu'il doit se défendre contre la pulsion – soit dit en passant que la sublimation est, comme tu as dit, peut-être le meilleur mécanisme de défense, parce qu'il permet de transformer l'énergie sexuelle dans des actions socialement et personnellement acceptables et de dépenser ainsi l'énergie, au lieu de la repousser dans l'inconscient – le refoulement étant le mécanisme de défense le plus grossier – et le moins efficace: parce que l'inconscient nous dirige quand même et fait ainsi ressortir des symptômes névrotiques qui sont toujours un compromis bizarre entre l'expression involontaire de la pulsion sexuelle et les restrictions sociales/personnelles, qui ne permettent toujours pas une pleine expression...)
Ah! Mais j'ai répondu à ce message pour une autre raison. Maintenant je suis déjà en train d'écrire mon travail de bachelor et j'ai choisi la psychologie du Soi comme sujet. Heinz Kohut, qui l'a conceptualisé le premier, ne met pas en doute les théories de Freud, mais il essaie plutôt de montrer qu'elles ne sont pas pertinentes dans beaucoup de cas. Parce que, selon lui, si le sentiment de l'individu d'être un Soi cohésif s'affaiblit, s'il sent comment son Soi se fragmente, s'il sent le vide de la dépression le menacer, il s'attache, fébrilement, aux fragments de son Soi-corps et les stimule aveuglement pour échapper ainsi à la dépression sous-jacente. L'excitation sexuelle, en autres mots, peut souvent cacher l'absence d'un milieu d'objets-soi qui répondent avec empathie à l'individu. Des objets-soi fiables aide à maintenir la cohésion du Soi et ainsi tous les signes de cette cohésion, comme la confiance saine en soi. (Des objets-soi sont des autres gens qui sont si importants pour nous qu'ils remplissent des functions psychiques que nous ne pouvons pas effectuer nous-mêmes - par exemple, le petit enfant qui pleure et ne peut pas se consoler sauf si sa mère lui prend dans ses bras.) Kohut dit même que le conflit d'Oedipe, le désir sexuel pour la mère et l'hostilité vers le père, n'apparaîtrai pas si les parents répondaient avec une vraie empathie à l'enfant, parce que des instincts sexuels ou agressifs isolés ne sont que des produits de la désintégration du Soi.
Pour Kohut, dans la sublimation, très souvent, le désir sexuel ne s'apaise pas parce que son énergie est dépensé autrement. Selon lui, si la sublimation s'effectue, il n'y a même pas un désir isolé/trop fort/menaçant qui surgit. Parce que Kohut définirait la sublimation plutôt comme la réussite de l'individu de trouver des objets-soi non-humains, comme des idéals culturels, qui peuvent maintenir l'estime de soi de l'individu sur un niveau équilibré et qui peuvent ainsi prévenir contre une désintégration du Soi et le surgissement des pulsions grossières contre lesquelles l'individu devrait se défendre avec la sublimation freudienne.
Je trouve sa théorie pas mal intéressante...