Bon, je répond avec un peu de retard, mais le message de Manraw m'a un peu étourdi par ses fausses pistes, son incompréhension de mes propos, sans parler de sa taille...

Donc désolé pour les lecteurs, mais afin de ramener ce foisonnement à la racine de notre désaccord, il m'a fallu répondre point par point, ce qui fait un message à rallonge. J'espère que ça suffira...
Manraw a écrit:
Excuses moi pour "l'humour", mais tu vas dans mon sens en donnant un exemple de politique barbare typiquement humaine et prĂŞte Ă ressurgir quand le moment s'y prĂŞtera : le nazisme.
Les gens qui s'imaginent que la nature n'est ni cruelle ni barbare doivent arrêter de regarder des dessins animés...

Certes, le nazisme a été une horreur, mais encore une fois tu accuses la nature humaine au lieu de placer le blâme sur une idéologie démente.
Manraw a écrit:
Bon... je note que tu ne fais pas la différence entre une élimination calculée (génocide) et un élimination involontaire par concurrence d'une espèce sur une autre en temps de crise climatique et/ou de pénuries de resssources (sélection naturelle).
Pourtant je t'assures qu'il y en a une. Donc oui, quand c'est l'homme qui tue jusqu'au dernier les grands pingoins sans se soucier de la survie de l'espèce, c'est un génocide, et quand ce sont les marsupiaux placentaires qui concurrencent les autres espèces vivant du même type de nourriture, c'est de la sélection naturelle. (d'ailleurs, le premier phénomène est beaucoup plus rapide que le second)
Les "génocides" calculés dont tu parles sont chose rare (je serais déjà plus d'accord si tu me parlais des animaux classés "nuisibles", génocides qui sont d'ailleurs bien moins efficaces, en général), et le reste résulte le plus souvent de pressions économiques (sur-pêche, sur-chasse, déboisement), absolument hors du contrôle des acteurs qui éliminent effectivement ces espèces. C'est toi qui confond tout dans ton désir de nous peindre avec le plus noir des pinceaux.
Manraw a écrit:
DannyBoy a écrit:
J'aimerai lire
un article scientifique sur l'homme qui ne soit pas teinté de moralisme bon marché, mais je n'en ai pas encore trouvé...

De plus, ton article est loin de mettre tout sur le dos de Homo Sapiens.
Ces deux phrases sont assez contradictoires. Ce qui fait que l'une des deux est fausse.
L'apparent paradoxe n'en est pas un. L'article commence par évoquer un "massacre" inter-espèce, puis donne une explication alternative résultant de la concurrence, d'une différence de natalité et de changements climatiques.
Mon point est le suivant : s'il ne s'agissait pas d'humains, l'hypothèse du "massacre" serait couverte par la compétition inter-espèces. On ne l'évoquerait même pas.C'est dans cette différence de traitement qu'on voit apparaître, encore et toujours, "l'exception" humaine. L'Amérique du Sud a perdue 18
familles de marsupiaux (sur 22), et personne ne songerait à évoquer un massacre. Mais quand Homo Sapiens déloge
une espèce concurrente, sur une période de 10 000 ans, tout le monde se met à imaginer des tribus partant en guerre, massacrant hommes, femmes et enfants...

D'ailleurs, quand je relis l'article, je m'aperçois que cette hypothèse est très vite rejetée. C'est pourtant celle que tu m'as présentée la première. CQFD.
Manraw a écrit:
Je trouve ça plutôt étonnant d'ailleurs, et c'est un euphémisme, de dire que c'est la science qui n'est pas objective, toi qui ne cites depuis le début que des sources philosophiques (les livres mis en lien au début du sujet) qui sont 1000 fois plus subjectives que n'importe quelle démarche scientifique, même la plus mauvaise.
La science n'interroge pas les a-priori culturels, ça c'est le travail de la philosophie. Toute la discipline de l'
épistémologie semble t'échapper, à ce niveau. L'objectivité (que je n'ai jamais citée) n'a rien à voir là -dedans. Encore une œillère culturelle, d'ailleurs : objectivité = bien, subjectivité = mal.
Manraw a écrit:
(de mon côté, je ne cite des source artistiques que pour les critiquer, voir ci dessous)
Citer:
Dans ce qui n'est qu'un dessin animé destiné à faire rire, tu vois non seulement une œuvre de propagande, mais le crime, que tu décris comme ayant été "systématiquement et méticuleusement" planifié par l'homme, fini par prendre des allures de solution finale...
DannyBoy, je t'assures, avec très peu de risques de me tromper, que cette scène ne peut faire rire que ceux qui ignorent totalement la réelle cause de la disparition des dodos (ou ceux qui apprécient l'humour noir, voire obscène)
Donc si cette scène a fait rire, il convient de dire malheureusement que cela participe à une réelle désinformation.
Désinformation et non propagande... pourquoi toujours exagérer ou déformer mes propos ?
Désolé pour le choix de terme malheureux, mais tu n'en est pas toi-même exempt, comme je l'ai montré avec les dodos. Il n'y avait rien de "systématique et méticuleux" dans leur extinction. J'admets tout à fait que l'humour noir qui nous pousse à représenter les dodos comme des crétins voués à l'extinction est de mauvais goût, mais j'y vois plus de stupidité que de malice. Les dodos ont toujours eu cette réputation d'idiotie et de balourdise, héritée des premiers marins hollandais du 17e siècle qui présidèrent à leur extinction. Nous devrions éviter de nous moquer, mais soyons honnêtes, le premier grand prédateur, canin ou félin, qui aurait mis la patte sur l'île Maurice aurait fait aussi bien que les hommes, et en aussi peu de temps.
Citer:
À cause de sa lourdeur, ce gros oiseau, marchant mal et incapable de voler, fut le gibier le plus facile à chasser et fut vite anéanti.
-Wikipédia
Manraw a écrit:
Je vois également que tu ne contredis pas (ou que tu mets de côté) mes arguments sur le matérialisme, mais reprenons :
Que veux-tu que je te dise : tu écris trop.

Manraw a écrit:
Pourquoi l'homme matérialiste est-il si dangereux pour la biodiversité ? Parce que même si une espèce devient rare, il est toujours rentable de la chasser : plus c'est rare, plus c'est cher. Tandis que sauf très rare exception, tout autre animal éviterait de chasser une espèce en voie de disparition car cela demanderait trop d'énergie pour la débusquer. Le matérialisme donne non seulement les raisons de chasser des animaux jusqu'au dernier, mais il en donne également les moyens : et oui, tout ceci serait impossible sans notre technologie.
Le matérialisme dont tu parles est une invention culturelle dont les racines ont à peine 25 siècles. Nous ne sommes donc toujours pas sur un problème de nature humaine.
Manraw a écrit:
Heureusement et c'est là que j'en viens à la plus grande différence qui nous oppose, heureusement, il y a des gens pour "râler" quand une espèce est en voie de disparition. Cela a permis de sauver (pour l'instant) de très nombreuses espèces qui se trouvent actuellement sur
la liste rouge de l'UICN (au premier rangs desquelles je citerais la baleine franche) . Ce n'est que quand la population a été alertée par ces "râleurs" que les pouvoirs politiques ont pris des décisions de conservation.
Heu, non Manraw, désolé mais la différence qui nous oppose depuis le début est dans nos appréciations respectives de la nature humaine. Cela a été dit et redit et re-redit. Je ne critique pas les gens qui essaient de sauver les espèces en voie de disparition, je dis juste que si c'est fait dans la perspective culturelle d'une humanité "hors nature" (que ce soit au-dessus, l'homme maître du monde, ou au-dessous, l'homme-virus), alors ça ne sert à rien.
Manraw a écrit:
Donc tout n'est pas perdu. Apparemment tu veux me faire passer pour un nihiliste condamnant toutes les chances de rédemption à l'être humain, ce qui n'est pas le cas du tout !
Au contraire, et en restant objectif tant qu'il se peut, je dirai que le nihilisme se trouve dans ta position... car pour l'instant, tu n'as proposé aucune solution à part d'attendre (les bras croisés ?) que la nature "bonne et généreuse" de l'homme (re)fasse surface.
Faux, encore une fois. J'ai proposé un changement culturel, qui n'empêcherait absolument pas de continuer à lutter pour la préservation des espèces, mais cette fois-ci dans une perspective d'auto-préservation de l'homme dans la communauté des espèces. Soyons réalistes, personne ne va accepter de se restreindre dans la course aux richesses, tant que la définition même de qui fait une "richesse" n'est pas drastiquement revue dans ses fondements! L'homme, comme toute les espèces, ne fonctionne que par intérêt, mais il a aussi d'autres besoins que celui d'un nouvel iPod... Cette course au confort matériel est, elle aussi, une construction culturelle, mais regarde ce que nous acceptons pour elle : anxiété, précarité, désintégration du tissu social, criminalité croissante, violences sur le lieu de travail, dépression et j'en passe... Il y a de la marge pour proposer autre chose aux hommes.
Le fait que tu n'entrevois comme possibilité de changement qu'une "amélioration" de la nature humaine prouve encore une fois que tes œillères sont bien en place. Ce n'est pas une insulte, c'est une constatation. Regarde les tribus primitives, qui trouvent un équilibre avec leur environnement : ce n'est pas seulement par manque de moyens technologiques, c'est toute une autre perspective sur le monde ! Relis l'article que tu as mis en lien sur les Indiens Algonquins...
Manraw a écrit:
Citer:
les scientifiques répondent aux mêmes programmations culturelles que toi
Et la programmation culturelle qui consiste à camper sur ses positions comme on le fait actuellement toi et moi ça t'inspires quoi ?
Que lorsqu'on parle de deux positions culturellement différentes, on a bien du mal à se faire comprendre, vu que tu n'arrête pas d'interpréter mes propos de travers...

Je résumerai à nouveau ma position en répondant à Philéo, en espérant que ce sera plus clair, cette fois.