Voilà plusieurs années maintenant que je soupçonnais quelque chose de différent chez moi. J'ai toujours eu l'impression d'être incomprise et hors-normes, et je constate aujourd'hui que je suis peut-être enfin capable de mettre un nom sur l’un des maux qui me rongent...
Je m'appelle Milliane, j'ai 19 ans. Je suis orpheline de père depuis l'âge de 7 ans ; j'ai grandi beaucoup plus vite que je n'aurais dû et ai vite acquis une mentalité et des préoccupations qui dépassaient de loin le petit cœur d'une gamine normale de cet âge, si bien que j'ai maintenant l'impression de vouloir malgré moi rattraper le temps perdu en me comportant souvent davantage comme une enfant que comme une femme. J’ai été le bouc émissaire de mes camarades tout au long de ma scolarité, et j’en reste aujourd’hui profondément blessée ; les cicatrices sont décelables dans mes relations sociales, très rares et très laborieuses.
Hypersensible et maladivement réservée, j’ai fini par développer une sorte de misanthropie, un dégoût profond pour l’humanité et sa mentalité qui régresse de jour en jour. J’ai perdu récemment le peu d’amis que j’avais, à l’exception de quelques personnes. Mais qualifier d’amis ceux qui restent me serre le cœur, car je sais pertinemment au fond de moi que je ne me sens pas suffisamment proches de la plupart d’entre eux, en tous cas pas de la façon dont j’aimerais l’être. J’ai la sensation qu’ils ne me comprennent pas complètement, et j’ai beaucoup de mal à m’attacher sincèrement aux gens si je ne sens pas une totale complicité avec eux.
Je suis une vraie mélomane. Je vis
pour et
Ă travers la musique
[métal et rock, principalement… une véritable addiction], qui chaque jour qui passe me donne la force de vivre et d’affronter le regard des autres qui me perturbe tellement. J’ai pour vocation
[même si ça reste plus de l’ordre du rêve] de devenir écrivain, les mots étant ma seconde passion, avec le dessin.
Un beau jour, malgré ma rancœur tenace envers les autres, j'ai quand même fini par tomber amoureuse: j'avais 16 ans, c'était le jour de mon entrée en 1ère L, je m'en souviendrais toujours. Le baratineur charismatique par excellence, S. de toute évidence. Ce fut le coup de foudre instantané, même si ma naïve cécité souleva plus tard avec quelle facilité l'Amour est parfois capable de remettre en question nos convictions les plus profondes... Je n'avais encore jamais ressenti cela pour quelqu'un
[et je ne l'ai plus ressenti depuis lui], alors j'étais très troublée. Mon esprit tournait déjà à lui tout seul des films romantiques à petit budget avant même que je ne comprenne ce qu'il se passait dans mon cœur.
C'est à partir de notre rencontre qu'ont commencé les véritables questionnements sur ma sexualité, avec les habituelles suppositions
[il daignera peut-être un jour s'intéresser à moi autrement que comme une gentille copine un peu paumée, je devrais bien franchir le pas, comme le font très naturellement tous les ados à mon âge pour s'en vanter après]... bien que ça ne m'intéressait pas plus que ça. Même
pas du tout à vrai dire. Mais comme ça semblait être un passage obligé, je n'avais visiblement pas d'autre choix que de suivre le troupeau. Alors par peur du ridicule et de l'inculture, j'ai potassé tout ce qu'il y avait à savoir en la matière, prête à affronter un événement qui ne se produirait probablement jamais
[en tous cas, pas avec lui, c’était pratiquement certain, et il s’est avéré que j’avais raison] et dont je n'avais en plus pas la moindre envie.
Complètement idiot, hein ?J'ai ainsi passé les trois années qui ont suivi à axer mon existence autour de cet être si parfait dont je rêvais jour et nuit, à tel point que j'en étais arrivée à me fondre intégralement dans une romance secrète et platonique, semée de coïncidences troublantes et de rebondissements dignes des plus grands scénarios hollywoodiens, dont j'étais intimement persuadée qu'elle finirait par prendre réellement forme un jour.
Pas une seule fois je n'ai réussi à m'imaginer aller plus loin avec lui que cette espèce de fusion spirituelle que j'idéalisais sans que cela ne me dégoûte. Je n’ai jamais ressenti quoi que ce soit qui s’apparentait à du désir en pensant à lui, ni à aucun autre garçon d’ailleurs. C’est en partie pourquoi je me pense A. En revanche, j’avais tous les symptômes de l’amoureuse transie: les entrailles qui fondent au moindre regard, des étoiles dans les yeux et la poitrine oppressée à chacune de ses paroles ; immiscer du sexe dans cette relation ne faisait décidément que briser cette image merveilleuse que j'avais de l'Amour. C'est une vision des choses que j'ai toujours aujourd'hui et que je rêve de partager avec quelqu'un qui la comprendrait...
Fort malheureusement pour moi
[ou heureusement, au bout du compte...], j'ai appris l'été dernier
[trois ans plus tard... le temps qu'il m'aura fallu pour trouver le courage de lui exprimer mes sentiments] que la réciprocité n'était pas au rendez-vous. Néanmoins, il m'avait juré que nous resterions amis. Et puis, comme tant d'autres avant lui... il m'a laissée tomber aussi, sans explication tenant la route. Il y a 4 mois maintenant. Ce fut la trahison la plus douloureuse que j'eus à endurer depuis bien longtemps...
J’ai passé pas mal de temps à lire vos topics et vos discussions avant de m’inscrire, et plus j’en lisais, plus cela me confortait dans l’idée que j’étais réellement à part des gens autour de moi… tous des S.
Je suis devenue quasiment obnubilée par le sexe. Pas par envie, ni par pratique
[je suis toujours vierge et n’ai jamais eu aucun petit ami], mais à cause de cette sur-médiatisation constante. Regarder la télé m’est presque devenu insupportable : les allusions sont présentes jusque dans les publicités, même celles complètement hors-sujet, je trouve ça malsain ; on dirait que le monde entier ne jure que par ça, alors que de mon côté ça me semble si dénué d’intérêt ! Je me trouve même honteuse d’y penser autant alors que ça ne m’attire pas le moins du monde…
J’ai trouvé il y a peu le courage d’en parler avec ma mère
[la seule personne en qui j’ai une confiance absolue…], et elle-même ne semble pas comprendre ce que ça représente pour moi. Certains d’entre vous auront sans doute déjà entendu ce genre de réplique:
« Tu verras quand ça te tombera dessus, tu ne peux pas dire que tu n’aimes pas ça ou que ça ne t’intéresses pas alors que tu n’as jamais essayé… » Ou encore ma meilleure amie
[qui elle est une véritable hypersexuelle !], qui m’a plusieurs fois demandé en rigolant
« Alors, quand est-ce que tu te fais un mec ? » Mais pourquoi diable est-ce que j’essayerai alors que je vis parfaitement bien sans et que je n’en ressens pas du tout le besoin ? Ça ne m’intéresse pas, point barre. Me sentir aussi incomprise par ceux que j’aime me plombe le moral, alors que j’ai déjà suffisamment d’autres problèmes personnels à régler sans devoir en plus assumer ça toute seule… Quand bien même j’en aurais eu envie, l’occasion ne s’est jamais présentée de toutes façons. Je ne dois pas être suffisamment attirante pour que la gente masculine se donne la peine d’apprendre à me connaître. Et pour tout vous dire, ça m’arrangeait plutôt bien, malgré le profond manque de tendresse que ça impliquait aussi de n’avoir personne dans ma vie…
Enfin bref, je m'étale, je m'étale, c'est bien une manie d'écrivain ça 
En faisant des recherches approfondies, j'ai fini par la trouver: ma planète ! Vous êtes en quelque sorte les
« extra-terrestres » que j’attends depuis toujours ^^ Sérieusement, je me sens beaucoup mieux depuis que j’ai découvert l’existence de ce forum. Un poids énorme parmi tous ceux qui m’entravent s’est envolé tout d’un coup. J’ai vraiment hâte d’apprendre à vous connaître et de partager tout cela avec vous, si vous m’acceptez parmi dans votre petite communauté, bien entendu

Encore désolée pour le roman, et... au plaisir de devenir des vôtres !